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"Tourists don’t know where they’ve been, travelers don’t know where they’re going."
Paul Theroux
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Le tour du monde en fauteuil roulant (FR)

Entretien avec Vasile Stoica, le premier roumain qui a fait le tour du monde en fauteuil roulant.

Disponible en Anglais et Roumain

On ne peut pas entendre son histoire et ne pas en être impressionné. Voyageur infatigable, il a sillonné le monde, en étant même reçu à l’Elysée. Il a battu des records, on a fait des films sur lui. Il est un modèle de courage et de persévérance. Son message : ‘’Suis ton rêve! Aies confiance en toi et tu y arriveras!’’ C’est l’histoire du champion, de l’artiste et surtout de l’homme Vasile Stoica.

M. Vasile Stoica, votre palmarès est impressionnant et  il  suffit, pour le prouver, que je fasse référence à votre inscription dans le Livre des Records. Peu nombreux sont les pays qui vous ont échappés. Lequel, entre tous ceux que vous avez vus, vous a impressionné le plus et pourquoi?

J’ai adoré l’Australie. Les gens sont très ouverts et beaucoup moins stressés qu’ailleurs. La nature, les plantes, les animaux…tout est incroyable! J’ai beaucoup d’amis là bas et j’y retournerais  à n’importe quel moment avec grand plaisir, même si j’y ai aussi vécu des choses assez désagréables. Il y a partout des gens bien et moins bien. Ce que j’ai pu observer, pourtant, c’est que c’est dans les endroits plus pauvres ou dans les petits villes ou villages que les habitants sont plus accueillants et sympathiques. Autre chose… il m’est arrivé d’être très bien reçu en Suède et Finlande, ce qui prouve que les préjugés qui disent que là-bas les gens sont froids sont bien faux.

Je suis sure que vous avez entendu très souvent ma prochaine question. Un voyageur, toujours le même, une route, toujours différente…vous avez du vivre des moments assez difficiles des fois…

Oui, bien sur que j’ai aussi vécu des moments comme ça. Je me rappelle d’une soirée, j’étais en Australie, dans une petite ville sur la côte Est et j’avais trouvé un motel dont les chambres n’étaient pas accessibles pour les personnes ayant une incapacité physique, faute d’ascenseur. Je suis allé au bar pour savoir où je pouvais trouver un autre motel convenable pour moi et là, deux hommes m’ont gentiment proposé de m’y conduire. J’ai accepté, car je savais par expérience que les australiens sont très accueillants. Je les ai suivis, mais en  traversant un pont, je me suis rendu compte qu’après la rivière, il n’y avait rien d’autre qu’une grande forêt. Je leur ai demandé où on allait, et eux, m’ont demandé de leur donner l’argent que j’avais sur moi. Je leur ai dit que je n’en avais pas, que je faisais un voyage autour du monde, et que j’avais plutôt besoin d’être soutenu financièrement. Comme ils insistaient, je me suis rappelé du  stylo paralysant que je portais dans la poche de ma veste, et qui m’avait été offert par M. Nicolae Breban à Paris. (N. réd. : Nicolae Breban est un écrivain roumain). Je l’ai pris dans ma main et j’ai appuyé sans savoir si ça allait marcher ou pas. Les deux sont tombés presque instantanément par terre. J’étais terrifié, donc je suis vite retourné à l’endroit d’où nous étions partis et j’ai appelé la police.  Ils n’étaient pas à la première tentative de ce genre, mais ça, je ne l’ai su que plus tard. J’aurais pu être jeté sur le fond de cette rivière, sans que personne sache où j’étais passé. Perdu en Australie! Je remercie encore une fois M. Breban. Une autre histoire, plus amusante cette fois, et qui en dit beaucoup sur la perception des gens, a eu lieu à Passau, en Allemagne. J’avais été hébergé pour la nuit dans un centre de prières, et le lendemain, après le petit déjeuner, la moniale qui s’était occupée de moi m’a accompagné vers la sortie. On s’est dit au revoir, et elle m’a demandé très contrariée: ‘’Mais pourquoi donc la voiture n’est pas encore là ? ‘’ Elle a mis du temps à comprendre comment j’avais fait tout ce chemin de Roumanie, en utilisant juste la force de mes bras et m’a demandé sans cesse : ‘’Mais où est le moteur du fauteuil roulant? ‘’ Je lui ai montré par des gestes que le moteur est dans ma tête, mon âme et  mes mains, je l’ai remerciée encore une fois et je suis parti plus loin.

Nous ne pouvons pas condamner sa réaction…peu nombreux sont les gens capables d’un tel exploit. Je vous propose maintenant de revenir aux débuts de votre activité sportive.

Je devrais donner quelques détails personnels pour que les lecteurs comprennent mieux mon histoire. Je suis né en juillet 1970 dans le département de Cluj, à Maguri Racatau, dans une famille nombreuse. Ma vie n’a pas été très facile, je souffrais d’une paraplégie congénitale, et malgré les 13 opérations chirurgicales que j’ai subi jusqu’à l’âge de 7 ans, je n’ai jamais marché. Le reste de mon enfance, jusqu’à 14 ans, je l’ai passé dans le foyer de Jucu de Sus, dans le même département de Cluj, entouré de gens ayant un handicap physique. Je n’avais pas de fauteuil roulant à l’époque, j’étais obligé de ramper sur le sol…après, quand j’ai eu 15 ans, mon père est décédé, et les problèmes financières de ma famille on commencé, car c’était lui qui soutenait financièrement la famille. Les années sont passées, et en 1991 j’ai déménagé à Lugoj, où j’ai suivi les cours de l’Ecole d’Art, section peinture ; c’était une de mes passions depuis ma plus tendre enfance. Mon talent fut apprécié, j’ai participé à des expositions et j’ai essayé d’en faire un gagne-pain. C’est dans cette période que j’ai fait un voyage en France, et là bas j’ai vu des gens ayant un handicap physique pratiquer le sport. Ce fut un moment révélateur, je me suis dit : ‘’Pourquoi pas moi ?‘’ Au début de 1993, l’Association des Handicapés Physiques Lugoj, dans laquelle j’étais inscrit, a été invitée à participer à la Conférence Européenne des Personnes ayant un Handicap qui avait lieu à Siófok, en Hongrie. J’ai décidé de parcourir le trajet en fauteuil roulant, en signe d’amitié…340 km en 4 jours. La suite fut la participation au marathon Challenge Day de Bucarest où j’ai été le seul participant invalide. L’année 1993 fut révélatrice, car en août j’ai commencé un nouveau tournoi, cette fois jusqu’en France. Le Marathon du Courage, comme il fut nommé, a signifié 3400 km de solitude, parcourus en 40  jours. Cette distance fût un symbole de la reconnaissance envers toutes les personnes et les organisations qui ont soutenues les personnes handicapés de Roumanie. Le courage que j’ai eu de faire ce voyage tout seul a été, je pense, un exemple pour toutes les personnes ayant un handicap quelconque, et pas seulement. Je suis devenu connu et apprécié dans mon pays et ailleurs…j’ai même été reçu par Mme Danielle Mitterrand au palais Élysée. Une fois rentré en Roumanie, j’ai commencé à m’entraîner et à participer, avec d’autres copains de Lugoj, à des compétitions sportives. Je suis très vite devenu champion national aux épreuves de vitesse et d’endurance. J’ai fondé, avec mes copains le Club Sportif des Handicapés Physiques Marathon ’93, club qui est vite devenu le plus puissant de tout le pays.

Comme je disais, vous avez réalisé beaucoup de choses, et je pense que pour une personne ayant moins de volonté  ou de force de caractère ça aurait été difficile, voir impossible. Parlez-nous un peu plus de vos expéditions.

J’ai décidé de commencer un nouveau voyage en 1995, cette fois un tour du monde en fauteuil roulant, pour arriver à Atlanta à l’occasion des Jeux Paralympiques. Le point de départ fut Bucarest, le 15 mai 1995. J’ai traversé la Roumanie,La Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, la Suède, la Danemark, l’Allemagne, la Belgique et France. Malheureusement, à la frontière avec l’Espagne, faute d’argent, j’ai dû m’arrêter. J’ai été très déçu, je rêvais depuis longtemps de participer à ces Jeux Paralympiques, et la condition physique n’était en aucun cas un empêchement. J’ai pourtant recommencé ce tour du monde trois années plus tard, et je suis rentré au pays après avoir traversé cette fois la Roumanie, La Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne, la France, le Canada, les États-Unis (la côte est et 500 km de la côte ouest, l’Australie (la côte est de Melbourne à Cairns), L’Égypte, la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie de nouveau. Le 20/21 octobre 2001 j’ai battu le record de 124 km, la plus grande distance parcourue en fauteuil roulant sur une piste de stade pendant 24 heures. Ainsi, après 19 heures et 16 minutes, j’ai battu le précédent record, en établissant un autre, de 132 km. Tout s’est passé en Californie, au College of the Canyon ; aux dernières tours de stade j’ai été accompagné et encouragé par des amis, des voisins, des enfants. Mon nouveau record fait partie d’une série documentaire sur les personnes handicapées du monde entier. Le nom du film est Broken Wings (Des ailes déchirées) et il a été produit par la compagnie Amphion Productions Inc. de Los Angeles. J’ai fait un autre voyage au printemps 2003, cette fois sur la célèbre Route 66, de Los Angeles à Chicago. J’ai parcouru 3800 km en 66 jours, traversant la Californie, l’Arizona,  le New Mexico, le Texas,  le Kansas, l’Oklahoma, le Missouri et l’Illinois. Deux autres ont suivi, respectivement en 2006 et 2008, en Europe et en Russie.

Vous êtes un modèle pour de nombreuses personnes. Quelle est votre opinion en ce qui concerne l’évolution du quotidien des personnes ayant une déficience physique? Je fais référence à la perception des gens, mais aussi aux facilités qui devraient, par la loi, leur permettre par exemple l’accès aux moyens de transport, aux bâtiments publics, etc.?

Les mentalités des gens ont beaucoup évolués après la chute du régime communiste, et les choses ont bougé, mais nous sommes encore loin de ce qui se passe en Occident. Je considère que j’ai de la chance, car j’ai un emploi stable. Je travaille actuellement au Centre de Prothèses et de Rééducation Fonctionnelle des Handicapés Physiques de Lugoj. Mes loisirs sont la peinture et le web design. Je m’en suis bien sorti, car les personnes invalides sont plus difficilement intégrés socialement et ont très peu de chances de trouver un emploi. Les indemnisations handicapés sont insuffisantes, et permettent très péniblement de subvenir à ses besoins. Je me sens discriminé à cause des transports, qui ne sont pas du tout accessibles aux gens comme moi, et c’est pareil pour les trottoirs. Si j’attends quelqu’un dans la rue, la plupart des gens me regardent avec une sorte de compassion, il y en a même qui m’ont pris pour un mendiant, et qui m’ont donné de l’argent.

Des personnes qui vous ont soutenu? Des modèles?

En effet, beaucoup de personnes et de compagnies ont soutenus mes actions. Je vais mentionner quelques unes : Doina Vargatu, Marius Martinescu, Association des Handicapés Physiques Lugoj, Amphion Productions USA, Medrom, La Fondation Enfants en Bonne Santé, Ivatherm, Invacare International, Provident Financial, les communautés de roumains d’Australie, États Unis, Canada, Allemagne, Kuschall Suisse, Praschberger Autriche, Sopur Allemagne…..et de nombreux autres. Mon modèle est Rainer Kuschall, ancien champion paralympique à l’épreuve d’athlétisme il y a des années ; il a fondé une entreprise suisse, dont il est aussi le PDG, qui produit des fauteuils roulants. D’ailleurs, je vais utiliser un fauteuil comme ça pour ma prochaine expédition.

En parlant de votre prochaine expédition…je sais qu’elle aura comme point de départ Los Angeles, la destination étant Santiago de Chile. Est-ce qu’on peut rentrer un peu dans les détails?

Je vais partir sur la route en avril 2010 et mon voyage fera partie d’un projet cinématographique réalisé par une compagnie américaine. Les pays que je vais traverser pendant trois mois seront : les États Unis, le Mexique, le Guatemala, le Salvador, le Honduras, la Costa Rica, le Panama, la Colombie, l’Ecuador, le Pérou, le Chile ; 12000 km en fauteuil roulant actionné exclusivement manuellement. Je vais avoir avec moi, comme d’habitude, deux bagages qui vont contenir le minimum nécessaire : un ordinateur portable pour actualiser mon site web, un appareil phot/vidéo, une trousse d’outils, des vêtements d’échange, un mp3 player, un habillage pluie etc. Ceux qui veulent voir des photos ou avoir des informations sur mes anciens voyages ou sur le suivant, peuvent les trouver sur mon site : www.c2k.ro qui sera actualisé quand je partirai en Amérique du Sud.

Parlez-moi un peu de l’autre passion que vous avez, la peinture. D’ailleurs…avez-vous d’autres passions?

Je peins depuis mon enfance et j’ai participé à plusieurs expositions aux États Unis, Canada, Australie, France ou Roumanie. Mes peintures peuvent être vues aussi sur mon site. J’ai récemment commencé à écrire un livre bibliographique qui sera probablement finalisé après mon prochain voyage.

Je ne sais pas si vous avez pu y jeter un œil, mais LumeaMare est un blog spécialisé dans les souvenirs de voyage. Avez-vous un message pour nos lecteurs ?

J’ai vu votre site pour la première fois maintenant et je l’ai trouvé très intéressant. Comme suggestion…peut être devriez-vous avoir une édition papier ? Mon message pour vos lecteurs est : ‘’Suis ton rêve ! Aies confiances en tes forces et tu y arriveras!’’


Une dernière chose à rajouter peut être…

S’il y a des personnes qui ont des idées, des suggestions, où qui veulent tout simplement apporter leur contribution (même financière) à ma prochaine expédition, mon adresse mail est : vasi.c2k@gmail.com.. N’hésitez pas à visiter le site pour avoir des nouvelles, à partir d’avril 2010!

Je vous remercie et je vous souhaite un bon voyage ! Nous attendons vos impressions sur l’Amérique du Sud!

Alina Danciu

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Prima iubire: traducerile. A doua: sociologia. "Pariziancă" de sapte ani deja, Alina crede cu tărie în acest proiect şi în echipa din jurul Roxanei. Una dintre plăcerile ei cele mai mari, atunci când scrie pentru LumeaMare, e să stea de vorbă cu alti călători, să le afle pasiunile, locurile preferate… diversitatea e fascinantă!

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